Thomas Spok et compagnie

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La jeunesse de Gandhi, le revers de la "grande âme"

« En me jugeant moi-même, j’essaierai d’être aussi âpre et dur que la vérité et je voudrais que le soient aussi les autres » p.5 d'Autobiographie ou mes expériences de vérité de Gandhi

Emprisonné en mars 1922, Mohandas Karamchand Gandhi commence l’écriture de ses mémoires [1]. Relâché le 7 février 1924, il se plaint de ne pas avoir encore eu le temps de les finir mais continue de s’y atteler. L’exercice est particulier car il juge que « l’autobiographie est une coutume typiquement occidentale ». Il s’y soumet néanmoins, non pas pour se mettre en avant, mais pour écrire sa vérité pour qu’elle puisse guider ses lecteurs futurs.

Principal pilier de l’indépendance indienne de 1947, Mohandas n’est plus à présenter. Le film de 1982 avec Ben Kingsley a largement marqué les esprits. Celui que l’on surnomme « Mahatma » (grande âme) ou tout simplement « Bapu » (le père) semble quasiment divinisé. Les pâles tentatives de le rabaisser n’ont pas pu atteindre un homme qui a atteint le statut de légende le jour de son assassinat, le 30 janvier 1948 à Dehli.

Gandhi se vêtait simplement
Voilà la trogne de Gandhi en 1931 (quasiment au moment de la parution de ses mémoires)

Contre George Orwell ou de la nécessité de la révolte

Parce qu'il est de ces auteurs qui font béatement l'unanimité ("en voilà un qui dit des choses très vraies !") sans que vraiment quiconque ose attenter, même du bout des lèvres, à leur auguste dignité ; parce que de tels auteurs existent donc - mais surtout parce que nous sommes foncièrement méchants - voilà qu'il nous prend comme l'idée presque pavlovienne de gâcher l'heureuse concorde, comme un sale gosse qui voit sur la plage des châteaux de sable intacts. Eh ! Et celui-là ? Aujourd'hui donc, on casse la statue de George Orwell.

C'est vrai qu'il est plutôt sympa George Orwell. Ses livres (on pense surtout à 1984 et La Ferme des animaux) sont bien construits, faciles à lire et ont l'avantage de faire réfléchir même les néophytes de la littérature. Développer la vigilance contre le totalitarisme et les méthodes qui s'y apparentent, même aujourd'hui - surtout aujourd'hui peut-être -, c'est résolument une entreprise de salubrité publique. N'avons-nous pas des raisons de nous inquiéter de l'empire toujours plus tentaculaire que la "société de contrôle" (1) entend déployer sur nous, au travers de ses différents modes de surveillance, de suggestion et de contrainte douce (GAFA, vidéo-surveillance urbaine, technologies connectées, etc.) ? Dès lors, comment oser s'y opposer ? C'est pourtant ce que nous allons faire en montrant et donc en désarmant la substance du discours que l'on peut sous-entendre dans l’œuvre d'Orwell et principalement dans La Ferme des animaux.


La ferme des animaux d'Orwell est une fable satirique
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Le Rivage des Syrtes - Faut-il souhaiter une "bonne guerre" comme Aldo ?

Souvenez-vous, il y a quelques mois, nous étions là à regarder Oblomov qui ne faisait rien. Nous nous demandions si tout cela était vraiment raisonnable et nous ne savions que répondre, mais nous voyions bien qu'il y avait un problème qui mobilisait, au moins, toutes nos modestes lumières passées au spectre de la philosophie. Aujourd'hui, nous poursuivons l'investigation en renversant les termes du débat : faut-il faire ? Et puisque la quintessence du "faire" se trouve dans la guerre, en tant que celle-ci réalise une action éminemment disruptive qui bouleverse un état, nous choisissons ici de formuler plus clairement la question en ces termes : faut-il souhaiter "une bonne guerre" ?

En ces temps de pax americana, de capitalisme dévitalisant, de sommeil et d'engourdissement des énergies, ne voit-on pas cette question arriver, comme l'air de rien, comme s'il s'agissait de se donner une bonne claque sur les joues pour faire à nouveau affluer le sang. L'Occident, qui n'a plus connu de conflit majeur sur son territoire depuis près de 75 ans, somnole dans un doux techno-confort matériel qui ne semble plus suffire à certains. Alors quoi, faut-il à nouveau sonner le clairon ? Faut-il tout remuer, encore, comme un enfant qui, défaisant un puzzle, souhaite "recommencer" ? Ces questions, ce sont aussi celles d'Aldo, narrateur et personnage principal de l'immense ouvrage de Julien Gracq : Le Rivage des Syrtes. Voilà bien un matériau de premier choix pour nos réflexions.

La couverture du Rivage des Syrtes chez José Corti est blanche
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