Thomas Spok et compagnie

Translate

Rouille, conte noir de Floriane Soulas

Rouille, conte noir de Floriane Soulas

Liminaire
Comme je l'ai indiqué dans l'article le roman steampunk contre la tentation de l'immobilisme, consacré au roman Rouille, j'ai assez croisé la route de Floriane Soulas (et survécu !) pour que les lignes suivantes soient considérées comme tout à fait subjectives, et il faut s'attendre à de petits divulgâchis.
Rappelons que Rouille raconte l'histoire mouvementée de Violante, prostituée amnésique qui parcourt un Paris alternatif constitué de ruelles sordides, de bars malfamés, de jardins mécaniques, et bien sûr de la tour Eiffel dominant un vaste dôme sous lequel prospèrent les plus aisés.
Dans cet espace urbain divisé, la "rouille" est une drogue hautement addictive qui menace ce qu'on pourrait appeler le système sanguin de la ville, son équilibre social et moral : elle est le reflet monstrueux de la ville, bientôt menacée d'être dévorée.

La couverture de Rouille aux éditions Scrineo est d'Aurélien Police
Petite altération de la couverture d'Aurélien Police.

Rex machina

Formulons l'hypothèse que la rouille constitue une métaphore du déterminisme, dont l'exemple le plus évocateur dans le roman pourrait être la référence à Frankenstein. Floriane Soulas utilise ainsi les figures du savant fou et de la créature errant dans les égouts et les ruelles, son labyrinthe dont elle ne peut ni ne veut sortir.

Découvrir L'Incivilité des fantômes de Rivers Solomon, extrait des premières pages

Découvrir L'Incivilité des fantômes de Rivers Solomon, extrait des premières pages


Science-fiction, afrofuturisme et LGBTQ pour révéler le monde


Publié le 6 septembre 2019 aux éditions Aux Forges de Vulcain [1], L'incivilité des fantômes de Rivers Solomon, traduit de l'anglais (États-Unis) par Francis Guévremont, est un roman qui s'appuie sur l'histoire de l'esclavage aux États-Unis pour évoquer, par métaphore, le fait "de ne pas pouvoir s’échapper d’une situation invivable et inhumaine", selon les propres mots de l'auteur.
Cette métaphore prend très concrètement la forme d'un vaisseau spatial où les derniers survivants de l'humanité reproduisent des rapports de domination à la fois sociaux et racistes. Ce vaisseau, appelé le Matilda, est une allusion claire et assumée au Clotilda, dernier navire négrier des États-Unis. Il rattache le roman de Rivers Solomon à la science-fiction, bien sûr, mais plus particulièrement au courant de l'afrofuturisme : soit envisager l'avenir à partir des spécificités africaines ou afro-américaines.
Selon Marc Dery dans l'essai Black to the Future [2], l'afrofuturisme tend à
une fiction spéculative qui traite des thématiques afro-américaines […] dans le contexte de la technoculture du XXe siècle. […] Une sémantique afro-américaine qui s’empare d’une imagerie technologique et d’un futur prophétiquement augmenté
À ces enjeux s'ajoutent ceux de l'identité sexuelle et des communautés LGBTQ [3], puisque Solomon Rivers se revendique queer ou non-binaire, c'est-à-dire ne se sentant pas appartenir à un genre sexuel défini [4]. Dès les premières pages de la traduction, l'une des conséquences les plus immédiatement visibles pour le lecteur de L'incivilité des fantômes est l'utilisation du mot-valise iel (pour "il" et "elle") afin de désigner un personnage sans préciser son genre.

À crier dans les ruines d'Alexandra Koszelyk, citer pour témoigner

À crier dans les ruines d'Alexandra Koszelyk, citer pour témoigner


Liminaire 

Dans un précédent article, où on retrouvera le résumé du roman, j'ai évoqué à grands traits l'intertextualité présente dans le roman À crier dans les ruines d'Alexandra Koszelyk, publié aux éditions Aux Forges de Vulcain. Toujours en toute subjectivité (dans la mesure où je connais personnellement l'autrice et l'éditeur), voici à présent quelques réflexions sur les oeuvres qui sont non seulement mentionnées dans À crier dans les ruines, mais qui en plus ont la caractéristique d'être citées, et ce plus ou moins longuement.

La couverture du roman d'Alexandra Koszelyk est signée Elena Vieillard
À la cueillette aux citations !


Droit de citer

Seules quelques oeuvres en effet apparaissent sous la forme de citations. Elles sont chaque fois amenées par les lectures de Léna, grâce à un petit jeu de mise en abyme (le lecteur d'À crier dans les ruines suit les lectures d'un personnage !), et elles font logiquement écho aux émotions de la protagoniste. Les citations sont en tout cas révélatrices de son évolution, de ses moments de doute ou de prise de conscience.