Thomas Spok et compagnie

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Brefs poèmes d'automne

Liminaire : souffle court


J'ai déjà évoqué, brièvement, ma volonté de trouver dans certains poèmes, parfois même fragmentaires, une puissance narrative qui épuiserait en quelques vers le besoin (la mauvaise habitude ?) consistant à se raconter des histoires ou, ce qui est peut-être une erreur, à en raconter à d'autres.
Sans doute faut-il se méfier de la douce illusion du lecteur de fiction, trop avide de faire sens et ordre à partir de quelques images, d'en retirer pour lui-même quelque secrète vertu signifiante. Contre cette mauvaise habitude, le mot d'André Breton, cité par Sartre [1], avait valeur d'avertissement : "Quelqu'un disait devant Breton : "Saint-Pol Roux a voulu dire..." — Non, monsieur, tonna Breton : s'il avait voulu le dire, il l'aurait dit." 

Mais qu'il s'agisse du "Magicien" de Rilke, de citations de poèmes dans les comics américains, des Illuminations de Seamus Heaney ou des sonnets "Ozymandias" de Percy Shelley et d'Horace Smith, il est certain que la lecture de vers essouffle aisément pour moi toute velléité d'en lire plus, et bien entendu toute ma (maigre) volonté d'écrire de la prose est aussitôt abolie de crainte de tirer à la ligne et de m'assommer à coups de banalités : Breton, encore lui ! attribuait ainsi à Paul Valéry le rejet du roman sous prétexte que noircir des pages de phrases telles que : "La Marquise sortit à cinq heures." lui paraissait insupportable.
Or les marquises se doivent d'être en retard pour se faire désirer, et il arrive que je griffonne en attendant quelques vers de mon cru qui ne s'étendent guère au-delà de quelques respirations, puisqu'il faut se garder se laisser entraîner trop loin par ses rêveries. Pour citer plaisamment Shakespeare dans Les deux gentilshommes de Vérone :

"Le lunatiquel'amant et le poète
Sont d'imagination trop confits."

Neil Gaiman et Charles Vess mettent en comics Shakespeare
Extrait de The Sandman: Dream Country, 1991, par Neil Gaiman (scénario) et  Charles Vess (dessin).

La jeunesse pourrie du roi Charles V le Sage

Préambule : Une naissance pile au mauvais moment


Né le 21 janvier 1338, Charles V est le premier roi d’une longue liste de souverains qui voient le jour pendant la guerre de cent ans.
Quelques semaines avant sa naissance, le roi Édouard III d’Angleterre avait franchi le Rubicon vis-à-vis du roi de France Philippe VI en le désignant : « Philippe de Valois, qui se dit roi de France »[1]. Un conflit plus que centenaire allait commencer et deux dynasties engager un combat à mort pour le trône de France.


Charles V, roi de France
Charles V est aujourd'hui appelé "le Sage" grâce à son règne de 1364 à 1380
Petit fils du roi Philippe VI, le bébé Charles n’a pas encore conscience que son futur royaume est en train de plonger en plein cœur de l’abîme. Cette guerre n’est pas un conflit traditionnel, même à l’époque : ce sera une vraie guerre civile où les habitants du royaume de France s’entre-déchireront durablement. Après une très longue période de paix et de prospérité, la France va connaître une période d’immense instabilité où les villes vont redécouvrir l’utilité de construire des fortifications.

Rouille, conte noir de Floriane Soulas

Rouille, conte noir de Floriane Soulas

Liminaire

Comme je l'ai indiqué dans l'article le roman steampunk contre la tentation de l'immobilisme, consacré au roman Rouille, j'ai assez croisé la route de Floriane Soulas (et survécu !) pour que les lignes suivantes soient considérées comme tout à fait subjectives, et il faut s'attendre à de petits divulgâchis.
Rappelons que Rouille raconte l'histoire mouvementée de Violante, prostituée amnésique qui parcourt un Paris alternatif constitué de ruelles sordides, de bars malfamés, de jardins mécaniques, et bien sûr de la tour Eiffel dominant un vaste dôme sous lequel prospèrent les plus aisés.
Dans cet espace urbain divisé, la "rouille" est une drogue hautement addictive qui menace ce qu'on pourrait appeler le système sanguin de la ville, son équilibre social et moral : elle est le reflet monstrueux de la ville, bientôt menacée d'être dévorée.

La couverture de Rouille aux éditions Scrineo est d'Aurélien Police
Petite altération de la couverture d'Aurélien Police.

Rex machina


Formulons l'hypothèse que la rouille constitue une métaphore du déterminisme, dont l'exemple le plus évocateur dans le roman pourrait être la référence à Frankenstein. Floriane Soulas utilise ainsi les figures du savant fou et de la créature errant dans les égouts et les ruelles, son labyrinthe dont elle ne peut ni ne veut sortir.