Aux origines de la couleur bleue, l'exemple du roi Arthur

Aux origines de la couleur bleue, l'exemple du roi Arthur

Par A. BAUX

Préambule

La lecture attentive du livre Bleu, Histoire d’une couleur de Michel Pastoureau m’a ouvert les yeux. L’écueil que j’ai débusqué devrait faire trembler le monde du merveilleux et de la fantasy… Plus sérieusement, nous allons nous pencher sur le légendaire roi Arthur et l’évolution de sa représentation du Moyen Âge jusqu’à nos jours. Cela nous permettra de pointer du doigt le problème de l’anachronisme, lorsque la crédibilité historique bat de l’aile [1]...
Arthur en bleu
Représentation du roi Arthur sur la tapisserie des Neuf Preux, datant de 1385 et aujourd'hui conservée à New York

Sans décortiquer à outrance ce morceau de tapisserie représentant le roi Arthur, on peut cependant en tirer quelques informations claires. Premièrement, le héros mythique semble aimer particulièrement le bleu (malgré quelques touches de rouge), un bleu d’ailleurs très fort et chatoyant. On remarque ensuite que torse royal, ainsi que son oriflamme, sont brodés de trois couronnes d’or : elles rappellent ses armoiries (blason). Notez enfin la date de confection de la célèbre tapisserie : fin du XIVème siècle. Cette période est appelée « Bas Moyen Âge » par les historiens médiévistes.

Découvrir l’Histoire de l’Amérique française

Découvrir l’Histoire de l’Amérique française


Par A. BAUX
Préambule

     En janvier 1780, le général Haldimand écrivait que l’amitié des autochtones pour la Grande-Bretagne « décline chaque jour, particulièrement depuis que les Américains se sont alliés aux Français, avec lesquels ils ont un vieux et tenace attachement ». [1]


   Comment expliquer ce lien peu commun qui s’instaura entre indigènes amérindiens et colonisateurs français ? De premier abord, cet « attachement », qui dériva parfois en amour, peut surprendre. S’il surprend, c’est que l’oubli a fait son œuvre et que l’enseignement de l’Amérique française est quasiment inexistant en France.


À Québec, cet article n’aurait pas réellement lieu d’être car les Québécois ont fait un gros travail mémoriel pour préserver leur histoire locale [2]. En France, un travail similaire donnerait à faire connaître une période à la fois fascinante et bouleversante. D’où mon intérêt pour un sérieux ouvrage de synthèse : l’Histoire de l’Amérique française de HAVARD et VIDAL.

Les amateurs d’Histoire noteront que de nombreux thèmes – militaire, économique mais aussi géographique et culturel –  sont abordés. Le point de vue y est très nuancé sur la colonisation française, refusant de tomber dans l’éloge et détaillant les aspects les plus « sombres » du rêve français en Amérique ; c’est salutaire car souvent les auteurs sur le sujet choisirent leur camp (pour ou contre la colonisation).

Ici, on remarque très vite les différences criantes entre deux projets colonisateurs antagonistes en Amérique du Nord. Les « Anglais » [3], d’un côté, dont la peur des indigènes est souvent citée dans les textes de l’époque (le massacre de dizaines d’Anglais au Fort William Henry en 1757 n’a pas arrangé les choses…). De l’autre, les « Français » [3] ont noué des liens culturels intenses et servirent d’interprètes et même d’intermédiaires entre indigènes, Anglais, Espagnols ou futurs Américains.

Le modulateur monadique dans Latium de Romain Lucazeau, le discours proliférant

Le modulateur monadique dans Latium de Romain Lucazeau, le discours proliférant


Liminaire (bis repetita)
En 2016 Romain Lucazeau lançait deux gros pavés dans la mare de la SF française, qui constituaient en fait un seul roman-fleuve, Latium (aux éditions Denoël, collection Lunes d’encre).
Des Intelligences Artificielles gigantesques y revivent des bouts d’une pièce de théâtre de Corneille et s’entre-détruisent à coups de vaisseaux de combat, d’hommes-chiens et de philosophie leibnizienne.
Il se trouve que j’ai eu l’occasion de partager un certain nombre de verres d’eau avec Romain, qui est devenu un copain avec qui échanger quelques tempêtes : c’est donc avec une curiosité amicale que je propose une petite série d’articles au sujet de son roman, dont voici le deuxième.


Couverture de "Latium" de Romain Lucazeau
Le modulateur, c'est déjà ce qui permet à ces vaisseaux de fonctionner.

Pour lire le premier article : "une immaculée conception".


Pour lire le troisième article : "d'autres soi-mêmes dans l’espace post-anthropique : IA et personnalités multiples".


Pour lire le quatrième article : "expériences de la mort".


Dire, être, détruire : le dieu dans la monade


Le « modulateur monadique » (baptisé Anaximandre d’après un penseur grec) est une des énigmes les plus intrigantes de Latium. Sans revenir sur la référence à Leibniz (l’auteur renvoie lui-même à la Monadologie du philosophe), on pourra remarquer que le rapprochement des termes pour évoquer une sorte de système de propulsion intelligent contribue à donner l’impression d’un langage spécifique à l’univers de Latium, sans tomber dans les bizarreries néologiques qui encombrent parfois les livres de genre SFFF.

Mais si « modulateur monadique » sonne comme un hybride techno-philosophique, il est tentant de rappeler que moduler correspond à une importante polysémie. Moduler, c’est produire une variation sonore, rythmique, mélodique. Remarque préliminaire qui s’avérera significative quand Anaximandre prendra la parole.

Super-héros de troisième division de Charles Yu, le super-héros est un surnom


Super-héros de troisième division de Charles Yu : le super-héros est un surnom


Liminaire

Super-héros de troisième division de Charles Yu [1] est le nom d’un recueil de nouvelles traduit par Aude de Monnoyer de Galland et publié aux éditions Aux Forges de Vulcain en 2018. Il se trouve comme par hasard que les Forges sont aussi l’éditeur de mon roman Uter Pandragon, donc mon petit article n’a évidemment rien de neutre [2].


Malgré ce que le titre du recueil donnerait à croire, seule la première nouvelle aborde le thème des super-héros, et c’est celle qui m’intéressera en particulier ici, dans la mesure où j’ai une certaine affection pour les BD et comics, comme j’ai pu le dire auparavant.

Il s’avère que la nouvelle en question a remporté le Sherwood Anderson Fiction Award en 2004, et ce n’est pas tant la récompense qui m’interpelle (je ne la connaissais pas ; d’ailleurs, qui la connaît ?), que la date.

Couverture de "Super-héros de troisième division" de Charles Yu
Couverture d'Elena Vieillard


Si aujourd’hui notre univers médiatique canalisé par les réseaux sociaux fait la part belle aux super-héros, multipliant les produits dérivés et donnant l’illusion d’être incontournables, il y a bientôt quinze ans les personnages musclés en costume étaient surtout associés à une poignée de films à succès (Spider-Man, X-Men) et la littérature les concernant était somme toute rare en français : Supernormal de Robert Mayer n’avait pas été traduit, ni les anthologies WildCards dirigées par Geore R. R. Martin [3].

Ce décalage entre les contextes d’écriture et de réception me donnent cette impression curieuse d’accélération du temps que l’on peut ressentir lorsque, conscient d’un point de départ et d’un point d’arrivée, on n’est plus capable de se faire une impression nette du trajet accompli. 

Or, si le « genre super-héros » se diversifie au cinéma (du métahumour de Deadpool à la dystopie tragique de Logan), il est depuis longtemps infiniment varié dans les comics en tant que tels. Pour autant, il me semble que peu de séries ont traité le genre par le biais de la satire sociale [4], en raison de politiques éditoriales et commerciales contraignantes. Une nouvelle échappe à de tels désagréments.

Une immaculée conception dans Latium de Romain Lucazeau


Une immaculée conception dans Latium de Romain Lucazeau


Liminaire

En 2016 Romain Lucazeau lançait deux gros pavés dans la mare de la SF française, qui constituaient en fait un seul roman-fleuve, Latium (aux éditions Denoël, collection Lunes d’encre).
Des Intelligences Artificielles gigantesques y revivent des bouts d’une pièce de théâtre de Corneille et s’entre-détruisent à coups de vaisseaux de combat, d’hommes-chiens et de philosophie leibnizienne.
Il se trouve que j’ai eu l’occasion de partager un certain nombre de verres d’eau avec Romain, qui est devenu un copain avec qui échanger quelques tempêtes : c’est donc avec une curiosité amicale que je propose une petite série d’articles au sujet de son roman, dont voici le premier.

Pour lire le deuxième article : "le modulateur monadique et le discours proliférant."

Pour lire le troisième article : "d'autres soi-mêmes dans l’espace post-anthropique".

Pour lire le quatrième article : "expériences de la mort".

Manchu est l'auteur de la couverture de Latium de Romain Lucazeau
Couverture du tome I de Latium, réalisée par Manchu


Couvrez ce sens que je ne saurais voir 


La complexité constituait le meilleur des camouflages.
C'est sous la forme d'une phrase malicieusement simple que le narrateur de Latium énonce ce qu'on pourrait considérer comme une maxime. La complexité comme art de la dissimulation, voilà qui fournirait un principe de compréhension de Latium, au-delà de l'ampleur de l’œuvre.

Archer et Armstrong, les poètes Horace, Carl Sandburg, Philip Appleman et Robert Frost en bulles



"Archer et Armstrong" : les poètes Horace, Carl Sandburg, Philip Appleman et Robert Frost en bulles 


Liminaire : Shakespeare, Coleridge... citer de la poésie en BD


Aimant la poésie et la bande dessinée, je n’ai pas si souvent l’occasion de les trouver associées.

Il y a bien sûr de temps à autre des adaptations, des poèmes illustrés et autres tentatives comparables, mais je pense au plaisir tout particulier de découvrir, au hasard d’une lecture, un personnage mentionner un poème quel qu’il soit en lien avec une situation donnée, y compris une scène d’action délirante.

Il s’agit peut-être de ma part d’une volonté banale de mélanger les plaisirs, alors même qu’il peut paraître forcé dans certains cas de voir un héros de bd se lancer spontanément dans une tirade de Shakespeare [1], même quand il s’agit de Tornade des X-Men :

Storm des X-Men cite Shakespeare pour invoquer la tempête
D’après cette source, l’extrait proviendrait d’un album des années 1980.

D’ailleurs Goscinny ne s’y était pas trompé en tirant parti de l’effet comique produit par les citations anodines de Frank James dans un album de Lucky Luke :

Goscinny cite Shakespeare de façon burlesque dans Jesse James
« Lucky Luke », Jesse James, Morris et Goscinny, 1969, d’après l’édition Lucky Comics

Je veux bien reconnaître d’autre part que, si les super-héros new yorkais de Marvel ou Tintin et Milou à Moulinsart passaient leurs aventures à s’interrompre à grands renforts de citations, cela ne favoriserait pas tellement l’identification aux personnages.

Le magicien de Rilke, influences françaises et extrapolations

Le magicien de Rilke : influences françaises et extrapolations


Liminaire


Si Rainer Maria Rilke fut trop longtemps, à mes yeux myopes, l’auteur des Lettres à un jeune poète (sitôt lues sitôt oubliées), c’est un peu par hasard que j’ai découvert ses Élégies de Duino et Sonnets à Orphée [1] et depuis je n’ai pas cessé d’y revenir [2].
Mais si je me laisse facilement fasciner par les Élégies, d’autres poèmes de Rilke constituent pour moi une source remuante de figures ou de situations romanesques [3], tel « Le magicien », issu des Poèmes épars dans la traduction de Philippe Jaccottet  :
Il appelle. Cela tremble et surgit.
Quoi, cela ? L’autre : tout ce qu’il n’est pas
devient un être. Et cet être tourne vers lui,
vite fait, un visage de surcroît. 
Ô magicien, ne faiblis pas, tiens bon !
Assure l’équilibre à la balance,
qu’elle te porte, toi et ta maison,
et sur l’autre plateau cette naissance. 
Les dés jetés, les liens sont établis.
L’appel l’a emporté sur le refus.
Mais son visage, aiguilles confondues,
montre minuit : il est lié aussi.