Thomas Spok et compagnie: septembre 2018

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D'autres soi-mêmes dans l’espace post-anthropique, Latium de Romain Lucazeau et les personnalités multiples

D'autres soi-mêmes dans l’espace post-anthropique, Latium de Romain Lucazeau et les personnalités multiples


Liminaire (bis bis repetita)
En 2016 Romain Lucazeau lançait deux gros pavés dans la mare de la SF française, qui constituaient en fait un seul roman-fleuve, Latium (aux éditions Denoël, collection Lunes d’encre).
Des Intelligences Artificielles gigantesques y revivent des bouts d’une pièce de théâtre de Corneille et s’entre-détruisent à coups de vaisseaux de combat, d’hommes-chiens et de philosophie leibnizienne.
Il se trouve que j’ai eu l’occasion de partager un certain nombre de verres d’eau avec Romain, qui est devenu un copain avec qui échanger quelques tempêtes : c’est donc avec une curiosité amicale que je propose une petite série d’articles au sujet de son roman, dont voici le troisième.



Pour lire le premier article : "une immaculée conception".

Pour lire le deuxième article : "le modulateur monadique et le discours proliférant."

Pour lire le quatrième article : "expériences de la mort".

Latium de Romain Lucazeau en deux tomes qui ne font qu'un récit
Les gros vaisseaux ont besoin de beaucoup d'espace post-anthropique.

Je est un notre


Au cours de sa fuite à travers la Nef, Plautine rencontre enfin une autre version d'elle-même. Il s'agit d'Oikè, l'IA qui a permis la « naissance » de Plautine (cf. « conception virginale »). Il s'agit du premier face à face entre deux intelligences comparables.

The Intruder de Roger Corman et BlacKkKlansman de Spike Lee, stratégies du mensonge et vérité jubilatoire


The Intruder de Roger Corman et BlacKkKlansman de Spike Lee : stratégies du mensonge et vérité jubilatoire



Liminaire

C’est sans rien savoir du film The Intruder de Roger Corman que je me suis laissé entraîner par un ami, en toute confiance, dans une des salles du Champo (à Paris, à dix pas de la Sorbonne et à trois pas de la librairie Compagnie, pour les curieux).

RogerCorman fait partie de ces saints patrons du cinéma américain dont on m’a dit cent fois dit du bien, et dont j’ai reporté d’autant la découverte. C’est tout juste si d’entre ses œuvres je suis capable de mentionner The Raven [1].

Or The Intruder a une réputation un peu particulière dans la filmographie de Roger Corman, puisqu’il a la réputation de tenir très à cœur au réalisateur qui l’a produit en partie lui-même, allant jusqu’à hypothéquer sa maison pour obtenir le financement suffisant… et le film fut un échec commercial, le seul semble-t-il de la longue carrière de Corman.

Il faut dire que le film, sorti en 1962, était en noir et blanc, est-ce signifiant ? pour attaquer le racisme et la ségrégation persistants dans les états du sud des États-Unis, en pleine période de lutte pour les droits civiques [2]. Ce n’était donc pas, loin s’en faut, une période favorable à la reconnaissance d’un film militant par le grand public ou par les institutions du cinéma [3].

Hasard ou fruit de la sagacité de la programmation, j’ai pu voir The Intruder à quelques jours d’intervalle de BlacKkKlansman de Spike Lee, film de 2018 également militant qui dénonce et ridiculise le suprémacisme blanc, cette fois dans le cadre des années 1970, et qui a lui reçu le Grand Prix du Festival de Cannes.

Ce que les sophistes ont à nous dire

Ce que les sophistes ont à nous dire


            Nous sommes tous platoniciens. Et c’est par la porte de derrière que Platon s’est immiscé en nous, à notre insu pour ainsi dire, et qu’il a déposé là, dans nos consciences, le germe d’une curieuse injure. « Sophiste ! » dit-on à l’endroit de qui prostitue le langage pour violer la vérité. « Sophiste ! » est avant tout le cri d’une indignation intellectuelle. À raison ou selon la raison de Platon ?

Tétraèdre et sophistique
Platon Super-Saiyan 1000 forme tétraèdre : "la sophistique, c'est de la merde, voilà mon sentiment !"
(Source de l'image)

            Pourtant, l’étymologie nous rappelle la proximité du cousinage entre les vrais sages et les pirates de la langue. Ainsi, le philosophe est celui qui « aime la sagesse », là où le sophiste est un « spécialiste de la sagesse ». Platon a, pour nous, séparé le bon grain de l’ivraie. C’était au IVe siècle av. J.-C. à la suite (ou à la place ?) de Socrate, le philosophe s’évertua à détruire le crédit d’une école rivale de son académie, non sans un certain art, puisque Protagoras ou Gorgias, les principaux sophistes de l’époque, ont été absolument emmerdés, au sens premier. Ce billet est donc une invitation. Une invitation à remuer la fange multimillénaire qui recouvre une pensée digne d’intérêt.