Des mirages plein les poches de Gilles Marchand, la mélodie des causes

Des mirages plein les poches de Gilles Marchand : la mélodie des causes


Liminaire

Il est rappelé régulièrement ici et là que les lecteurs boudent les recueils de nouvelles, notamment parce que la brièveté (pourtant relative, parfois) des textes nuirait à l’immersion et à l’identification des personnages.

Le genre de la nouvelle semble présenter des enjeux esthétiques plus attirants pour les auteurs que pour un large lectorat, que l’on essaie le plus souvent de séduire par la cohérence thématique du recueil publié : c’est d’ailleurs le cas, avec le recueil Des mirages plein les poches de Gilles Marchand, publié Aux Forges de Vulcain (comme vous vous en doutez, il n’y aura donc aucune objectivité à attendre de cet article [1]).

couverture du recueil Des mirages plein les poches


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Ainsi le recueil évoque bien essentiellement des personnages aux prises avec leurs rêves, et les grosses déceptions et petites consolations que cela implique : l’auteur le rappelle lui-même dans une vidéo de présentation pour la librairie Mollat.

Mais à mon sens Gilles Marchand renforce cette cohérence par des choix narratifs et stylistiques marqués : utilisation systématique de la première personne, anonymat relatif du narrateur (à priori masculin), rareté des dialogues et fonction symbolique des objets contribuent à procurer au lecteur le sentiment d’une confession discontinue.

Aux sources de la métaphysique occidentale (2/4) : Parménide

Aux sources de la métaphysique occidentale (2/4) : Parménide 


 Comment envisager scientifiquement la métaphysique, c’est-à-dire ce qui « dépasse » la physique, ce que nous ne pouvons appréhender par l’expérience ? Voici l’interrogation centrale de Kant dans la Critique de la raison pure dans laquelle le philosophe de Königsberg se proposait de refonder absolument l’ensemble du « savoir métaphysique » occidental, coupable selon lui de s’être laissé aller, par le truchement d’une dialectique incontrôlée, à explorer des territoires non bornés, pour en réaliser une géographie fantaisiste. Au premier rang de cette erreur dialectique : les Anciens, forcément.
 Voici donc un retour sur les sources de la métaphysique occidentale en quatre épisodes : Héraclite, Parménide, Platon et Aristote. 
 Aujourd'hui : Parménide. 


La tête de Parménide

 Parménide d’Élée (fin VIe - début Ve siècle av. J.-C.), fondateur de l’école éléate, maître de Socrate et donc, par ricochet, de Platon, est celui qui introduit dans la métaphysique les composantes les plus fondamentales de la tradition philosophique occidentale, ce qui fera d’ailleurs dire à Heidegger que le Poème de Parménide en est le texte le plus important [1].
 Ce poème pourtant, n’est accessible à nous que par fragments, dont les sentences paraissent parfois plus obscures encore que celles d’Héraclite. Le fait est que la philosophie, encore mal dégrossie (nous sommes avant Socrate) emprunte encore volontiers le langage de la poésie. Progresser à travers l’œuvre très sibylline de Parménide est donc résolument une épreuve. Voici ce que nous avons réussi à en extraire. 


Saint François et l’hérésie : si près, si loin…

Saint François et l’hérésie : si près, si loin…



Par A.BAUX

Préambule

En pleine lecture d’un recueil d'Histoire médiévale – Héros du Moyen Âge, le Saint et le Roi de Jacques le GOFF – les fourmillements me sont montés à travers les phalanges. Alors que je découvrais la biographie de Saint François – avant de me lancer dans celle de Saint Louis – le récit de sa vie m’a interrogé sur la raison de son « succès ». Pourquoi l’Église l’a-t-il canonisé alors que beaucoup de laïcs (non clercs) comme François furent jugés hérétiques par l’Église en tentant de réformer le dogme chrétien ? [1]
François d'Assise, modèle de piété
François d'Assise est aujourd'hui un modèle de piété largement représenté à travers l'Europe et les siècles...

Né en 1181 à Assise, François d’Assise est une figure centrale du christianisme au XIIIème siècle. Fondateur de l’ordre des franciscains, l’homme a su cristalliser l’admiration de son vivant. Sa vie a très tôt été comparée à celle du Christ lui-même, si l'on considère que François a guidé les fidèles vers une pratique chrétienne renouvelée, accompli des miracles et surtout qu'il a souffert les affres de la maladie selon un modèle christique.

De Carthage à Tyr, Hannibal sur la route de Didon

De Carthage à Tyr, Hannibal sur la route de Didon


Hannibal a-t-il, sur le bateau qui l’emmenait loin de Carthage vers la terre de ses ancêtres, eu cette vision de ceux de la légendaire Didon, tout chargés de l’or de Pygmalion, mettant les voiles vers une cité qui restait encore à fonder ? Il est tentant de l’imaginer. Ces deux figures tutélaires de Carthage, en effet, semblent embrasser la vie de la cité, l’une en marquant les débuts, l’autre la fin – quoique l’on sache bien que ce fut Rome, et avec quelle inflexibilité, qui détruisit effectivement la cité punique. Leurs trajectoires, en tout cas, se croisent au milieu de la Méditerranée. Didon fuit Tyr, trahie par son frère ; Hannibal fuit Carthage, trahi par ses opposants. Didon accoste à Carthage ; Hannibal débarque à Tyr. 

Du départ auxquels ils furent contraints à la mort qu’ils choisirent, essayons-nous à un bref exercice d’analogie, qui n’échappera pas à quelques facilités mais fera apparaître tout de même de stupéfiantes ressemblances.


Expériences de la mort dans Latium de Romain Lucazeau

Expériences de la mort dans Latium de Romain Lucazeau


Liminaire (triple bis repetita)
En 2016 Romain Lucazeau lançait deux gros pavés dans la mare de la SF française, qui constituaient en fait un seul roman-fleuve, Latium (aux éditions Denoël, collection Lunes d’encre, dans la collection Folio SF pour le poche).
Des Intelligences Artificielles gigantesques y revivent des bouts d’une pièce de théâtre de Corneille et s’entre-détruisent à coups de vaisseaux de combat, d’hommes-chiens et de philosophie leibnizienne.
Il se trouve que j’ai eu l’occasion de partager un certain nombre de verres d’eau avec Romain, qui est devenu un copain avec qui échanger quelques tempêtes : c’est donc avec une curiosité amicale que je propose une petite série d’articles au sujet de son roman, dont voici le quatrième.
Latium de Romain Lucazeau a remporté le Grand Prix de l'Imaginaire
Gros vaisseau, gros bandeau.
Pour lire le premier article : "une immaculée conception".

Pour lire le deuxième article : "le modulateur monadique et le discours proliférant."

Pour lire le troisième article : "d'autres soi-mêmes dans l’espace post-anthropique"

Machines orphelines


L’intrigue de Latium progresse par événements. Dans un univers post-humain où le temps est envisagé en longues durées (qui excèdent celle qu’on associe à la vie humaine, ce qui ajoute au décalage avec la perception du lecteur), ce qui motive une action quelconque doit nécessairement constituer une exception extraordinaire.

Aux sources de la métaphysique occidentale (1/4), Héraclite



               Aux sources de la métaphysique occidentale (1/4) : Héraclite         


Comment envisager scientifiquement la métaphysique, c’est-à-dire ce qui « dépasse » la physique, ce que nous ne pouvons appréhender par l’expérience ? Voici l’interrogation centrale de Kant dans la Critique de la raison pure dans laquelle le philosophe de Königsberg se proposait de refonder absolument l’ensemble du « savoir métaphysique » occidental, coupable selon lui de s’être laissé aller, par le truchement d’une dialectique incontrôlée, à explorer des territoires non bornés, pour en réaliser une géographie fantaisiste. Au premier rang de cette erreur dialectique : les Anciens, forcément.
        Voici donc un retour sur les sources de la métaphysique occidentale en quatre épisodes : Héraclite, Parménide, Platon et Aristote.
  

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               Héraclite d’Ephèse (-544/-480) dit « l’Obscur » (parce que c’est perché) est un philosophe présocratique (c’est-à-dire antérieur à la naissance officielle de la philosophie). Pour connaître sa pensée, nous ne disposons que de Fragments rapportés par des auteurs postérieurs, ce qui ajoute plus encore à son obscurité.