Hannibal, héros tragique ?

Hannibal, héros tragique ?


Hannibal fut le héros de diverses tragédies, dont deux des plus connues sont Annibal de Marivaux, et La Mort d'Annibal, de Corneille (Thomas). Dans la première, l'auteur imagine une rivalité amoureuse entre Hannibal, déjà proche de mourir chez Prusias, et Flaminius, l'envoyé de Rome pour le pourchasser et le faire livrer. L'intrigue est audacieuse et Marivaux a pu bénéficier du mystère que constitue la vie intime d'Hannibal pour laisser libre cours à son imagination. Corneille se sert lui aussi d'une hypothétique fille du Carthaginois, Élise, dont trois personnages sont amoureux sur fond de conflit entre Hannibal et Rome. Mais au fond, le tragique n'apparaît qu'à travers deux situations inventées – il est vrai que l'on ne savait pas grand chose d'Hannibal à l'époque.

Ma réflexion se porte sur les aspects tragiques des faits et gestes d'Hannibal au regard de l'Histoire, ou, répétons-le à l'envi, de ce que la tradition littéraire et historique gréco-romaine en a laissé. Trois éléments caractéristiques de la tragédie telle qu'elle était envisagée par les auteurs cités plus haut semblent traverser la vie d'Hannibal : d'abord le célèbre serment, prononcé en présence de son père Hamilcar, serment auquel il est lié à mort et qui imprègne donc son existence d'une sorte de fatalité; le fait que, malgré tous ses efforts, ses incroyables prouesses, son intelligence supérieure, son audace souvent récompensée et ses multiples talents, le cours des choses se soit finalement toujours retourné contre lui; enfin, la nette impression de solitude qu'il laisse au moment de sa mort, exilé de sa cité, trahi de ceux qui ont d'abord prétendu l'accueillir.

Le jour où Louis XIV a failli finir à la Bastille, la Fronde ou la genèse du Roi-Soleil

Le jour où Louis XIV a failli finir à la Bastille : la Fronde ou la genèse du Roi-Soleil


Par A. BAUX

Préambule

Inspiré par ce thème des jeunesses royales – et après avoir étudié celle de Saint-Louis – j’ai décidé de remettre le bleu (capétien ?) de chauffe ! En effet, on pourrait tout simplement croire à la coïncidence mais il n’en est rien : parmi les plus grands rois de France – et il faudrait confirmer cela avec les rois étrangers – beaucoup eurent des jeunesses difficiles où il fut question de leur couper l’herbe sous le pied ! Bien avant qu’ils ne deviennent célèbre…

Après avoir parlé d’un roi – appelé Louis – qui entre dans la légende en imposant une formule le désignant particulièrement « Saint Louis » ; j’étais obligé de parler du « Roi-Soleil » ! Louis XIV a réussi l’exploit de dépasser l’aura de son aïeul canonisé mais dans un registre moins christique (quoique…). Tout comme Louis IX, Louis XIV a su marquer son époque : le XVIIème siècle européen est le siècle du Roi-Soleil.

Le visage de Louis XIV est celui de la fin de règne, les jambes sont celles de sa jeunesse
Voici le tableau officiel du roi Louis XIV (il le remplaçait pendant son absence!). Il date de la fin de règne du roi (on peut le voir sur son visage) mais ses jambes sont celles de sa jeunesse (mieux que photoshop !)

Stan Lee présente, hommage à Stan Lee


« Stan Lee présente », hommage à Stan Lee


Stan Lee n'avait pas même besoin d'écrire un mot : quand j'étais gosse et que j'ouvrais un numéro de Strange déjà vieux, déniché dans des recoins de brocante, la formule « Stan Lee présente » était déjà magique et c'est par elle, pour un benêt comme moi qui n'aurais pas imaginé sauté une ligne d'une bande dessinée, c'est par elle que commençait vraiment l'histoire.

Les années 1990 elles aussi commençaient – les épisodes que je lisais avec exaltation dataient pour la plupart des années 1970, sans que j'en sache rien, d'ailleurs je m'en serais moqué pas mal.

Strange n°100
Image extraite de Strange n°100, éditions Lug

La jeunesse difficile d’un grand roi de France, Saint Louis


La jeunesse difficile d’un grand roi de France : Saint Louis

Par A. BAUX

Préambule

Récemment décédé, Jacques Le GOFF fut un pilier de l’Histoire médiévale ; ses écrits sur la fabrication des saints ont inspiré de nombreux lecteurs. Son grand recueil me guide à nouveau vers cet âge d’or de l’Occident – le XIIIème siècle – et son plus illustre représentant : un français ! Unique roi de France canonisé par l’Eglise, Louis IX dit « Saint Louis » porte sur ses épaules la grandeur de son époque qu’il personnifie par son immense piété et ses deux croisades. Avec lui, la royauté française a trouvé son modèle le plus lumineux…

Vitrail Saint Louis
Des milliers de représentations du saint vont couvrir les édifices religieux de l’Occident chrétien : attention car celles-ci ne sont en rien réalistes au sens moderne (un visage reconnaissable).

Tout comme François d’Assise – dont j’ai déjà étudié le cas dans cet article – le roi Louis a su plaire aux autorités pontificales. Dès sa mort à Tunis en 1270, ses ossements deviennent des reliques qui vont être disséminées dans tout l’Occident. Dès lors, sa vie se transforme en récit officiel. Louis IX est ainsi sans cesse mis en valeur dans les textes : l’image d’un homme parfait lui colle à la peau pour des siècles. Il est le roi qui a dompté son corps et son âme face aux péchés ; qui a mis le roi d’Angleterre à sa botte ; qui meurt en croisade pour accéder à la canonisation en 1297…

Derrière cette image de perfection apparente [1], la réalité de sa vie est plus complexe, si l’on remonte un peu dans le temps... Roi à 12 ans, le tout jeune Louis IX va vivre un début de règne sous forme de calvaire. Tout comme Louis XIV (roi à 5 ans), il essuie une révolte des grands nobles qui aurait pu lui coûter son trône. Bien que l’épisode de la Fronde (de 1648-1653) soit davantage connu du grand public, la difficile jeunesse de Saint Louis n’est que très peu soulignée. On préfère raconter ses exploits glorieux et montrer sa sainteté permanente. Pourtant, cette jeunesse royale a été un moment clé de son règne, qui préfigure sa gloire future.

L’intérêt sera donc d’analyser le début de règne compliqué du jeune Louis IX tout en insistant sur l’importance de sa mère, Blanche de Castille, dans les affaires du royaume. Cette dernière fut l’une des femmes les plus influentes de l’Histoire (n’ayons pas peur de le dire) car elle gouverne le royaume le plus puissant au XIIIème siècle, et ce pendant des décennies ! Enfin, ayant « survécu » aux premières menaces, Louis IX va parvenir à s’inspirer de ses deux modèles (le Christ et sa mère) pour devenir l’un des rois les plus puissants de l’histoire du Moyen Âge.

Chronologie rapide :

1214 : Naissance de Louis à Poissy
1226 : Mort de son père, Louis IX devient roi de France et sa mère régente
1227-1230 : Révolte contre le roi menée par le duc de Bretagne
1234 : Mariage de Louis IX avec Marguerite de Provence
1248-1253 : 1ère croisade de Louis IX
1253-1270 : Âge d’or du pouvoir royal de Louis IX
1270 : Mort de Louis IX à Tunis
1297 : Canonisation du nouveau « Saint Louis » sous le règne de Philippe le Bel