Thomas Spok et compagnie: avril 2019

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Représenter Dieu, la particularité catholique

Préambule


En ces temps troublés par un renouveau des conflictualités religieuses, rappelons que Dieu est une figure unificatrice pour nos trois grands monothéismes. En effet, quelle que soit la façon dont il est prié, le Dieu unique des juifs, chrétiens ou musulmans est le même. Seule la langue utilisée change : l’hébreu pour Yahvé, le latin pour Dieu et l’arabe pour Allah. Chaque fidèle partage – parfois sans le savoir – des croyances avec des fidèles d’une autre religion. De nombreux points communs existent mais sans oublier les fractures dogmatiques. [1]

Dans tous les monothéismes, la question de la représentation de Dieu s’est posée et souvent pour s’y opposer. En Islam, la représentation d’Allah et de Mahomet est largement interdite aujourd’hui [2] ; chez les juifs ou les protestants, les synagogues et les temples n’ont rien à voir avec les églises catholiques : les images sont très peu nombreuses. Cette interdiction a pour objectif de tracer une frontière infranchissable entre le terrestre et le spirituel tout en luttant contre l’« idolâtrie ».

chapelle Sixtine de Michel-Ange
Au Vatican, Michel-Ange a tout loisir de peindre un Dieu dont les sentiments pour son fils sont quasiment palpables.

Chez les catholiques, l’image de Jésus est, à l’inverse, omniprésente : les scènes de la Passion rythment les pas des visiteurs de cathédrales avec l’omniprésence de la crucifixion. Cependant, Dieu, père de Jésus pour les catholiques, n’est pas non plus exclu des représentations. Tout le monde a en tête l’image d’un Dieu – forcément un homme – très âgé et la barbe longue.

Comment cette image de Dieu le père s’est-elle imposée dans le monde occidental ? Pourquoi le catholicisme est-il le seul courant monothéiste à représenter Dieu sous des traits si humains ?

Les Furtifs d'Alain Damasio, cohérence et continuité

Les Furtifs d'Alain Damasio, cohérence et continuité 


Il faut bien sûr avoir lu les précédents ouvrages d'Alain Damasio pour être frappé, à la lecture des Furtifs, dès les premières pages, par la familiarité que l'on peut ressentir avec l'espace littéraire désormais apprivoisé, cohérent, du romancier, la constance de ses choix, de ses ambitions. C'est banalité, truisme peut-être, de dire que Les Furtifs constitue le plus damasien de tous les monstres damasiens... Et pourtant. Quelques pages suffisent pour retrouver, même quinze ans après, la couleur caractéristique de la littérature de Damasio, couleur qui atteint son paroxysme... dès la scène d'entrée.

On se prend alors à reposer le livre quelques minutes, à observer plus en détail la couverture, superbe, de Stéphanie Aparicio, à respirer un grand coup, à faire naître un peu d'attente avant de se lancer dans cette odyssée en terre connue, qui occupera les prochaines heures libres que le grand complexe techno-libéral a bien voulu nous laisser...


Aux sources de la métaphysique (4/4) : Aristote

Aux sources de la métaphysique (4/4) : Aristote 


En tranchant le nœud gordien de la discorde Héraclite/Parménide, Platon fit faire à la philosophie un bond de géant. Le dualisme platonicien avait réponse à tout et permettait d’unifier tout un système de pensée logique. Mais, cependant qu’il sautait entre les cimes, un autre nœud se nouait à son insu.

Quel lien en effet lie le monde sensible, toujours changeant, au monde des Idées, immuable, dont il est issu ? Si je vois que tout change autour de moi « physiquement » et que malgré tout je sais qu’il est nécessaire qu’il y ait de l’immobile abstrait, comment puis-je articuler ces deux nécessités autrement qu’en dédoublant (finalement assez grossièrement) les choses ?

Voilà que survient Aristote, élève de Platon et ouvrier final de la métaphysique occidentale. Celui qu'on appelait parfois le Stagirite (de Stagire, ville de Thrace) va polir la théorie de son maître, la rendre plus congruente avec la logique. Voici comment il va s’y prendre. 


Aristote dans L'École d'Athènes de Raphaël
Source Aristote ramène la paix dans le game dans le plus grand des calmes.




Trois coracles cinglaient vers le couchant d'Alex Nikolavitch, refaire l'histoire

Trois coracles cinglaient vers le couchant d'Alex Nikolavitch, refaire l'histoire


Liminaire

Parmi les hautes figures mythiques qui me font toute une compagnie avec laquelle me débattre en fiction, les chevaliers de la Table ronde ont une place de choix. Dans la mesure du possible, car elles sont légion, c'est avec curiosité que je me penche sur les oeuvres qui les concerne et que j'assiste à leur constante métamorphose.

Alex Nikolavitch, dont l'érudition en matière de comics fait mes délices, publie ainsi chez "les moutons électriques" un roman arthurien intitulé, moins énigmatiquement qu'il n'y paraît [1], Trois coracles cinglaient vers le couchant.

Hasard ou effet de la noosphère, il se trouve que l'auteur y raconte à sa façon les aventures d'Uther dit Pendraig, autrement connu sous le nom d'Uther Pendragon et comme père du roi Arthur.

Lecteur lui-même de "mon" Uter Pandragon, Alex Nikolavitch a eu la gentillesse de me faire parvenir un exemplaire de son roman (il est inutile alors d'attendre de ma part une approche objective). Voici donc une occasion de lancer quelques pistes de réflexion sur sa vision du mythe arthurien et d'entamer un dialogue de longue haleine.

On verra l'auteur présenter sa démarche avec ses propres mots dans la vidéo suivante (à partir 23:10) :



Résumé de quatrième de couverture :

Trois coracles cinglaient vers le couchant. À leur bord, Uther, un chef de guerre de l'île de Bretagne, et ses compagnons de toujours.

Leur destination, une île au bout de la mer, là où dit-on vivent les fées et les morts. Que va-t-il chercher si loin des terres habitées par les hommes ? Uther sait-il seulement qu'il va enfanter d'une légende destinée à traverser les siècles ?

L’étrange ascension du jeune Benito Mussolini durant l'entre-deux-guerres

L’étrange ascension du jeune Benito Mussolini durant l'entre-deux-guerres


Préambule

Sortie victorieuse de la Première Guerre mondiale, l’Italie a connu une sortie de guerre difficile. Un spleen italien s’est développé, pleurant des territoires non obtenus lors des traités de paix. Cette histoire, forcément intéressante, nous l’avons abordée dans un précédent article.

Celui-ci portait sur la période préfasciste où le pays a vu l’émergence d’un courant politique autoritaire. Lorsque l’on met en cause les traités de paix, on pense souvent à l’Allemagne nazie, mais c’est en Italie que le germe fasciste est né.

Portrait de Mussolini en 1900
En 1900, ce jeune Benito a l'air tout à fait recommandable : en réalité il file déjà un mauvais coton...

Friand de connaissances, nous continuons ici notre quête de sens vers la compréhension du fascisme historique. Celle-ci nous mène à la figure principale du mouvement, son créateur, Mussolini.

Ce n’est pas le « Duce » glorifié par deux décennies de propagande qui nous intéresse mais le jeune Benito, né en 1883 à côté de Bologne. Pétri de marxisme dans sa jeunesse, il va connaître un retournement total pendant la première guerre mondiale. Pire, après avoir créé la milice fasciste en 1919, Benito devient le chouchou d’une certaine élite italienne qui a peur d’une « révolution rouge » en Italie.

Comment un militant marxiste radical a-t-il pu devenir le bouclier de la bourgeoisie italienne et ainsi prendre le pouvoir dans un pays au bord de la guerre civile ?